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 The beast inside me (flashback) - feat Cécil

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ϟ Métier : Directeur du Département de Contrôle et de Protection des créatures magiques - Geri de la Grande Meute ϟ Âge : 34 ans ϟ Race et sang : Sorcier Mohawks ϟ Particularité : Loup garou ϟ Statut civil : Tout le monde le sait...sauf lui



ϟ Messages : 672 ϟ Date d'inscription : 21/12/2016 ϟ Disponibilité RP : 1x par semaine ϟ Célébrité : Jason Momoa ϟ Crédits : perso

MessageSujet: The beast inside me (flashback) - feat Cécil   03.06.17 18:18


The beast inside me
ft Cécil et Khaaleb - flashback



musique:
 

Le froid, voila quelle serait serait sa dernière demeure.

Le froid était partout. Il rentrait par les fenêtres aux vitres minces et mal isolées, par les poutres des murs qui laissaient passer la lumière aveuglante du dehors, par la porte grande ouverte face à lui. Même le maigre feu qui crépitait dans la cheminée n'arrivait pas à tenir ce froid la en respect. Recouvert par des couvertures en laine épaisse, le jeune homme était allongé sur le canapé, les yeux ouverts tournés vers l'extérieur. Il attendait.

Ses traits étaient tirés, la peau de son visage décharné avait perdu sa couleur. Les cernes profondes qui étaient apparues sous ses yeux étaient d'autant plus impressionnantes qu'il n'y avait plus ni cils ni sourcils pour en éloigner l'attention. Son crâne était totalement chauve. Il avait préféré le raser des semaines plus tôt, plutôt que de subir le traumatisme de voir ses cheveux tomber par poignées entières. Mais à quoi bon. Pourquoi avait-il eut à souffrir tout cela en vain ? Pourquoi tout cet acharnement ? Le résultat aurait été le même de toute façon.

Une quinte de toux le secoua soudain. Chaque spasme était comme un poignard qui lui déchirait les poumons, mettant un peu plus à mal son corps déjà tant affaiblit par des mois de lutte contre le monstre qui grandissait en lui. Se laissant retomber contre la pile de coussins qui le maintenait à peu près assis, il ferma les yeux, essayant de reprendre son souffle. Sa respiration était sifflante, et chaque inspiration le mettait à la torture, mais pour chaque respiration, c'était une seconde de gagnée sur la fin inévitable qui l'attendait.

Mais à quoi bon...à quoi bon souffrir ?

Il y avait pensé, bien plus souvent que la décence ne l'accordait. Se voyant ainsi dépérir, il y avait pensé bien sur, mettre un terme à tout ça, avant de ne plus être que l'ombre de l'homme qu'il était. Mais était-ce par couardise, ou par un fol espoir maintenu par cette bande de bonimenteurs qu'étaient les médecins, il n'avait jamais pu. Des mois durant, il y avait cru, au miracle du rétablissement. Et c'est peut être pour cette raison que la chute était si rude.
Rouvrant les yeux, il laissant son regard tomber sur sa main qui tenait fermement serré dans sa paume sa baguette de chêne. Son poignet osseux donnait l'impression de pouvoir se casser à tout instant. Il tremblait. Mais le froid ni était pour rien, ni la faim, ni la fatigue ni même la peur. C'était la colère, sourde et intense qui le faisait frissonner, et ce, depuis ce maudit appel où il avait compris que tout ce qu'il avait traversé n'avait servit à rien. Ces potions qu'il avait avalé, ces produits qu'on avait injecté sous sa peau, ces opérations qui avaient laissées sur son corps de longues et rouges balafres. Rien. Inutile. Futile.
La vie n'était décidément qu'une vieille garce. Pourquoi ne lui avait-elle laissé que si peu de temps. Vingt-trois ans, c'était si peu, si peu pour vivre bordel !! Même Jimmy Curt ou Janis avaient eu quatre ans de plus que lui pour en profiter...

Quatre ans, il aurait tellement aimé avoir encore quatre ans. Même trois, ou même juste une année, douze mois...ou même six, il s'en serait contentée. Il aurait voyagé, peut être aurait-il rejoint sa sœur dans cet improbable voyage qu'elle avait entrepris presque dix ans plus tôt. Peut être aurait-il pu passer plus de temps avec les siens plutôt que de les fuir bêtement comme il le faisait depuis des mois. Peut être aurait-il eu le temps d'aimer.
Mais non, rien de tout cela n'était plus possible. Il était maintenant prisonnier du froid.

Tendant sa baguette vers la platine vinyle qui se trouvait sur le sol, il fit se retourner la galette et enclencha la lecture. Cela faisait des jours qu'il ne pouvait plus se lever, ne trouvant désormais plus assez de force pour soulever ce corps qui pourtant avait tant changé. La dernière fois qu'il c'était vu dans le miroir, c'était à peine s'il s'était reconnu. C'était étrange. Terrifiant.
Personne ne venait ici, personne ne savait où il était de toute façon. Il n'y avait qu'une infirmière qui passait, plus pour s'assurer qu'il n'était pas encore mort que pour lui administrer encore une quelconque médecine. Il avait conscience que cet éloignement et ce mutisme dans lequel il s'était terré était totalement égoïste pour ses proches, qu'ils auraient sans doute aimé être là, l'aider. Mais voila, lui n'y tenait pas. Voir les siens l'entourer, le regarder avec cet air désolé, impuissant, c'était au delà de tout ce qu'il était capable de supporter. Il l'avait vu, la pitié et l'horreur dans le regard des gens, des visiteurs de l'hôpital. Voir ça dans les yeux de sa famille, non, c'était intenable. Peut être lui en voudront-ils, mais qu'importe, il ne serait plus là pour subir leur remontrance.

Plus là.

Sa bouche de tordit, ses yeux s'embrumèrent. Il dû prendre une profonde inspiration pour ne pas céder au sanglot qui montait dans sa gorge. Cachant son visage dans ses mains, il s'abandonna comme si souvent maintenant.

Crétin.

Quelle idée stupide, venir s'exiler ici. Quelle idée à la con bordel !! Il avait besoin des siens, maintenant plus que jamais, de sa famille, de ses amis. La solitude était un tel poids. Tous ces mois de combat, il les avait affronté seul, mais maintenant il ne voulait plus, il ne pouvait plus. Il était à peine un homme et déjà son chemin devait s’arrêter. NON !! non...c'était trop injuste !! Mais comment pouvait-il, dans l'état où il était, affronter le regard des siens ? Au fond de lui, il espérait qu'il lui pardonnerait un jour. Peut être pourrait-il parler avec Anahia, après, quand il aurait fait le dernier voyage...après tout, n'entendait-elle pas les voix des morts ?

Se concentrant sur les paroles de la chanson, il parvint lentement à se calmer. Respirant avec difficulté, il rouvrit les yeux et bailla la pièce du regard. L'endroit était minable, à l'image de celui qui résidait là. Tout traînait, ça et là dans un chaos total. Le sol était recouvert de vieux grimoires ouverts, de parchemins jaunis, de toutes les vieilles photos qu'il n'avait eu de cesse de regarder depuis son arrivée ici, lui rappelant celui qu'il était avait que le monstre ne commence à le ronger de l'intérieur.

Plus près du canapé qu'il ne quittait plus, il y avait une pile de journaux et des coupures de presse. Toutes parlaient de ce jeune homme qui venait de reprendre les rênes de la Grande Meute Américaines à la suite de son grand-père, ainsi qu'une pile de lettres toutes écrites de la main de Cécil.
Cécil, le seul ami qu'il lui restait, le seul à qui il avait osé avoué sa maladie, minimisant cependant son état pour ne pas le distraire de toutes ces fonctions qu'il devait à présent assumer. Les recherches qu'il avait mené pour son mémoire et sa rencontre avec ce fameux grand-père qui avait été le mentor de son ami avait eu tôt fait de le convaincre de l'importance du combat que menait cette famille pour l'union des meutes. Les paroles qu'il avait entendu dans la bouche du vieux De Cormontaigne avaient su le toucher plus qu'aucune autres paroles ne l'avaient faite. Le discours de paix et de tolérance qu'il prônait résonnait encore dans sa mémoire. Tout cela était bien plus important que sa propre vie, en tout cas c'est ce qu'il avait cru jusqu'à aujourd'hui.

Car aujourd'hui, il n'y avait plus qu'une chose qui comptait...

Serrant le poing, il fronça les arcades sourcilières et regarda à nouveau droit devant lui, vers l'extérieur.   La porte grande ouverte laissait voir l'extérieur : Au-dehors, tout était blanc, immaculé. Janvier avait recouvert toute la région de neige qui brillait à présent sous un soleil pâle hivernal. Il aurait pu être ému par la beauté de la vision qui s'offrait à lui, mais plus rien n'avait ce pouvoir. Toutes ses pensées n'étaient plus orientées que sur une seule idée, un seul concept, depuis des mois. Et si parfois il se sentait faiblir, c'était cette idée qui l'avait fait tenir, ce mantra qu'il se récitait, inlassablement...




"Je ne vais pas mourir..."




———————— ϟ ————————

Tomorrow...
and every other days...


Dernière édition par Khaaleb Tal'ahjon le 17.07.17 13:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: The beast inside me (flashback) - feat Cécil   18.06.17 15:11

Pardonne mon silence mon frère. Ces dernières semaines n'ont été qu'un enfer dans lequel je m'enfonce de plus en plus. La chimio ne fonctionne pas, les opérations à répétition m'affaiblissent plus qu'elles n'aident. J'ai décidé de partir de l'hôpital, y rester c'est comme d'être déjà mort. J'ai trouvé refuge dans le vieux chalet de mon oncle, dans le nord. Ici, la perspective de ce qui m'attend désormais me semble plus acceptable, enfin je crois.
Je sais que tu es très occupé, mais si tu as le temps, passe me voir...s'il te plait. J'aimerai tant passer encore quelques minutes avec toi, parler, rire, comme si de rien n'était.
J'ai tant besoin de toi mon frère...aujourd'hui plus que jamais.

Khaaleb


Les mots résonnaient encore dans mes oreilles alors que mon esprit lui commençait par comprendre la dure réalité des choses. Il allait mourir. Celui qui était comme un frère pour moi allait mourir et égoïstement j'allais je me retrouver seul encore une fois. Je me sentais respirer profondément. J'entendais qu'on me parlait mais je n'arrivais pas à faire surface. J'avais griffonné une réponse rapide à mon ami lui disant que j'arrivais immédiatement mais je ne pouvais désormais plus bouger de mon bureau. Ma respiration se faisait sifflante et cela devait alarmer les membres de ma meute car je sentis bientôt des mouvements autour de moi. Je percevais la crainte chez certain mais surtout l'incompréhension. Ce n'est que lorsque j'entendis la voix de Lua s'élever que je reprenais pieds. Elle était là encore une fois avec moi et surtout pour moi. Mes yeux bleus étaient encore plus clairs qu'à l'ordinaire, l'eau à l'intérieur les faisait briller. Une fois seuls dans mon bureau, Lua se rapprocha de moi et s'assit sur le bureau. Elle attrapa ma main. Elle ressentait que j'avais besoin de parler, je le ressentais moi aussi mais je ne n'y arrivais pas. Je ne pouvais pas parler. Elle comprendrait pourtant. Elle aussi avait perdu sa famille. J'attrapais la lettre que j'avais reçu et je la lui tendais. Lua ne la regarda pas même pas. Elle attendait que je parle.

« Je dois y aller. »
« Qu'est-ce que je peux faire Croc ? »
« Aime moi encore un peu. »

Je plongeais mon regard dans le sien et elle me sourit. J'ouvrais alors mes bras pour qu'elle puisse s'asseoir sur mes genoux. Nous avions des hauts et des bas mais nous nous aimions plus que tout au monde je le savais. Elle s'installa sur mes genoux et je posais mon front sur sa poitrine. Je me sentais seul affreusement seul même si elle était là. Si je perdais Khaaleb je ne pourrais pas m'en remettre. Pas Lui. Pas encore. Je sentais les mains sur ma fiancée caresser doucement mon dos à travers ma chemise. Je passais mes bras autour de sa taille et je la serrai contre moi. Je restais quelques minutes comme ça tout simplement sans plus penser à rien. Puis je me détachais d'elle, je me levais et je l'embrassais avant d'aller mettre ma veste de costume. Jetant un dernier regard vers celle qui saurait me réconforter quand je rentrerais de cet entretien. Elle acquiesça juste avant que je transplane. Tout se passerait bien. Elle m'avait donné de la force.

Malgré toutes les bonnes ondes que Lua m'avait envoyé, je ne me sentais pas encore la force d'aller au Canada. J'avais encore une personne à voir. Je me rendais directement dans le cimetière de Santa Fe et plus particulièrement devant le caveau des De Cormontaigne. Ma mère et mon père reposaient ici depuis maintenant près de vingt ans. J'avais tellement souffert de leur absence étant enfant que je n'avais pas pu m'empêcher de me construire une nouvelle famille. D'abord il y avait eu Lua tout naturellement qui était devenu mon pillier. On avait tout vécu ensemble et nous nous soutenions. Puis il y avait eu Khaaleb ce garçon que j'avais rencontré à Salem et qui était devenu mon meilleur ami, mon frère. Puis maintenant il y avait Jace le plus jeune de mes loups, ce garçon que j'avais recueilli et qui était comme un fils bien que nous avions presque le même âge et bien sur il y avait tous les loups de ma meute et des autres meutes qui étaient mes amis, mes frères et mes sœurs. Cependant, j'avais quand même l'impression d'être seul et encore plus maintenant que j'allais perdre mon frère, mon VRAI frère. Si habituellement, je restais debout devant la tombe de mes parents sans rien dire, je ne pus m'empêcher de tomber à genoux devant la stèle, restant quelques minutes sans bouger, juste laissant mon chagrin s'exprimer. Puis je me relevais, essuyais mes larmes et j'allais devant une autre tombe. Peut être la plus importante à mes yeux. Si mon grand-père avait été là il aurait pu me dire quoi penser ou comment me comporter. Cependant il n'était plus là pour me guider. La stèle blanche qui se tenait devant moi me paralysait. Et sans que je ne m'en rende compte, je me mis à parler. J'expliquais ce qui ma tracassait à mon grand-père et bien que je ne me sentais pas mieux, je trouvais un peu de force afin de transplaner jusqu'à Lui.

Pourquoi avais-je évité les rencontres avec mon frère depuis qu'il m'avait dit qu'il était malade ? Je ne voulais pas le voir décliner, je ne pouvais pas le supporter. C'était égoïste de ma part mais je n'y arrivais pas. Je mettais mis encore plus à fumer quand j'avais appris qu'il avait un cancer je m'étais renseigné et bien sur ce n'était pas du tout la chose à faire. J'avais donc pris peur et je m'étais imaginé le pire chose qui était vraie aujourd'hui. Du coup je m'étais mis à fumer comme un pompier et Lua avait mis des mois avant d'arriver à me faire dire le pourquoi de mon mal-être. Elle avait tenté de me raisonner mais je n'avais pas réussi à me faire une raison. Je ne pouvais pas accepter la mort de mon frère. Je transplanais à plusieurs reprises jusqu'à me retrouver devant le chalet de mon frère mais là une nouvelle fois je me figeais. Je le voyais à travers la fenêtre et il me semblait tellement pas réel. Je me sentais une nouvelle fois étouffé et je fermais ma main comme pour me raccrocher à quelque chose mais elle ne trouvait que du vide. Je voulais partir. M'enfuir. Ne pas le voir. Mon esprit ne voulait pas admettre ce que mes yeux voyaient. Je détournais alors la tête et je prenais une grande inspiration histoire de me redonner du courage. Même le froid de l'endroit n'arrivait pas à apaiser mon esprit. Je me décidais alors à grimper ces marches que je connaissais par cœur jusqu'à me retrouver devant la porte ouverte du chalet. Je rentrais et je tournais mon visage vers Khaaleb. J'avais l'impression d'avoir vieilli de vingt ans d'un coup. Je ne le reconnaissais pas. Ce n'était pas mon frère qui se tenait en face de moi et pourtant... Les mots me manquaient.
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MessageSujet: Re: The beast inside me (flashback) - feat Cécil   17.07.17 13:33


The beast inside me
ft Cécil et Khaaleb - flashback





Allongé dans le canapé, Khaaleb était parfaitement immobile, aussi inerte que s'il n'avait été qu'un simple meuble, un élément du décors de la grande pièce. Les grandes inspirations qu'il prenait faisaient siffler ses bronches, laissant sortir de son nez une vapeur blanchâtre qui voletait dans l'air glacé de la maison. Ses mâchoires étaient serrées, et si son corps n'était que le reflet de l'infâme maladie qui le rongeait, son regard lui était aussi dur que l'acier, aussi féroce que la déferlante qui s'écrase sur les falaises. L'attente et l'angoisse qui l'accompagnait faisait battre son cœur plus vite qu'il ne pouvait véritablement le supporter, mais il se sentait enfin sortir de la torpeur qui l'occupait depuis des semaines. Cécil allait venir, Cécil allait venir, Cécil...

Au dehors, il y eut un CRAC sonore, mais le jeune homme ne détourna pas le regard. Ses yeux restaient immuablement fixés sur la porte d'entrée qui pour le moment ne laissait rien apparaître d'autre que ce maudit paysage vide et blanc de neige. Cécil était là, au dehors, il pouvait le sentir. Il était enfin arrivé, ce seul ami qui lui restait, cet homme qui était devenu le frère qu'il avait perdu. Mais quelque chose semblait le retenir, pourquoi n'entrait-il pas ? Peut être était-ce pour le jeune Marrok aussi dur de se présenter à lui que pour lui de se montrer aux autres. Il savait que le spectacle qu'il offrait était une vision d'effroi, c'était la raison de son exil dans ces terres reculées du Grand Nord canadien, ne plus avoir à supporter les regards, la piété et hypocrisie des autres. Mais il en était arrivé à un point où l'isolement de pouvait plus rien lui apporter que de dépérir misérablement. et il avait besoin de faire une dernière tentative, un dernier essai pour la vie. Et pour cela, il avait besoin de quelqu'un en qui il avait confiance, quelqu'un a qui il était prêt à confier, ou à laisser,  sa vie.

Soudain, le bois de la terrasse craqua sous le claquement régulier des chaussures du nouvel arrivant, marquant un rythme lent et sourd. Enfin, une silhouette apparut dans le cadre de la porte. La lumière au dehors était si forte qu'elle apparaissait à contre-jour, mais Khaaleb la reconnu immédiatement, ressentant par la même un soulagement intense en même temps qu'une peur immense. L'attente n'avait pas été veine, il était venu.
Cécil fit quelques pas à l'intérieur de la maison et se stoppa. Il resta là, droit comme un i, à le regarder, et dans les yeux de son ami, le jeune homme pu voir tout ce qu'il avait tant redouté, tout ce qu'il avait cherché à fuir, ce qui le toucha et l'affecta bien plus qu'il n'aurait jamais su le dire. Même si le loup qui lui faisait face essayait de faire bonne figure, de tenir son rang, le malade voyait à ses traits, à ce regard, toute l'épouvante et tout le dégoût qu'il lui inspirait. Peut être n'aurait-il jamais du le faire venir. Tant de morts entouraient déjà Cécil, qu'avait-il besoin de se rajouter au lot et de lui imposer le spectacle grotesque de sa propre décrépitude. Il n'avait pas besoin de ça. Cécil était destiné à un avenir brillant, à la tête d'une communauté qui se tournait vers l'avenir. Contrairement à lui, il avait un avenir, il se marierait, aurait une ribambelle de petits loups, il vivrait une longue et belle vie heureuse . Mais c'était peut être pour cette raison qu'il lui avait demandé à lui, de venir l'accompagner dans cette dernière descente dans les ténèbres.

Les deux hommes se regardèrent un certain moment dans un silence plombant. Ni l'un ni l'autre n'osait prendre la parole, refusant de rompre cet instant qui était comme suspendu dans le temps et de rendre la situation réelle. Mais ils ne pouvaient rester ainsi éternellement, le temps se devait de couler à nouveau. Alors Khaaleb prit une profonde inspiration.

"Bonjour mon frère..."

Sa voix était rauque, cassée et son souffle guttural, comme s'il n'avait pas parlé depuis des semaines. Malgré tout, il sourit à cet ami qui avait fait tout ce chemin pour venir le voir, et même si ce sourire était faible et triste, il n'en était pas moins sincère, car s'il était désolé de l'état dans lequel son image mettait Cécil, il n'en était pas moins terriblement heureux de le voir. Peut être que la maladie avait fini par lui faire accepter l'égoïsme.
Incapable de se mouvoir et de laisser une place à son ami sur le sofa qu'il occupait, Khaaleb tendit la main vers un grand fauteuil au haut dossier qui lui faisait face. Il lui avait fallu des heures pour réussir à l'installer là grâce à un sortilège.


"Je t'en pris installe toi. Je suis désolé, je n'ai rien à t'offrir à boire, j'ai bien peur de ne plus être en état de faire des courses..."

Il n'eut pas le temps de rire de sa plaisanterie qu'une violente quinte de toux le secoua, le forçant à se recroqueviller sur lui même. Lorsqu'elle fut passée, il se laissa retomber sur la pile de vieux coussins qui était dans son dos dans un râle. Le regard  affolé de Cécil lui arracha un grognement presque amusé.

"Pas la peine de faire cette tête la va...je sais à quoi je ressemble...mais je reste quand même le plus beau de nous deux !!"

Se raclant la gorge, il remonta un des plaids qui le recouvrait et tourna le visage vers son ami. L'humour avait toujours été une de ses défenses, une barricade derrière laquelle il se réfugiait afin de palier à l'insécurité dans laquelle il se sentait parfois. Il s'était rendu compte que cette pratique était courante chez les personnes malades et il y avait de plus en plus recours. Une façon de briser la glace qui les séparait des autres, de faire comme si de rien n'était, de minimiser la réalité souvent bien trop difficile à supporter pour les uns comme pour les autres.
Cécil était mal à l'aise, il ne voyait, il le sentait, mais à cela il ne pouvait malheureusement pas faire grand chose. En vérité, ça allait plutôt être au Loup de faire ou non quelque chose.
Si Khaaleb lui avait finalement demandé de venir, après avoir évité la moindre confrontation, c'était parce que le Marrok représentait à ce jour sa toute dernière chance de salut, ou tout du moins le croyait-il, l'espérait-il.


"Alors...comment vas tu ?"

C'était peut être un peu idiot de poser cette question, comme si de rien n'était, comme s'ils n'étaient que deux amis qui ne s'étaient pas vu depuis longtemps. Mais il fallait bien commencer quelque part, et même s'il savait la plupart des faits et gestes du nouveau Marrok à travers la presse, il avait vraiment envie de savoir comment allait son ancien camarade de classe. Et puis il ne se sentait pas encore prêt à lui demander, à lui poser la question pour laquelle il l'avait fait venir.


Les dernières semaines qu'il avait passé à regarder la neige tomber et à compter les fibres des poutres de la maison lui avaient laissé tout le loisir de passer son temps à la réflexion et à l'introspection. Il avait laisser son esprit vagabonder, imaginait d'abord tout ce qu'il aurait voulu faire avant de disparaître, puis tout ce qu'il pouvait faire pour s'éviter cette longue agonie. Mais en fin de compte, ce qui avait occupé ses pensées la majeure partie du temps, ça avait été de trouver encore et toujours une solution à sa survie. Il avait lu et relu tous les livres qu'il possédait, des ouvrages anciens, des grimoires obscures, mais tout ce qu'il voyait était soit infaisable, soit bien trop abjecte pour qu'il puisse un jour s'y résoudre. Puis, une nuit qu'il ne trouvait pas le sommeil, il s'était rappelé d'une chose. Lorsqu'un homme devenait vampire, tout ce qui faisait de lui un homme, hormis son enveloppe charnelle, disparaissait avec son humanité. Émotion, magie...maladie, ne devenaient qu'un lointain souvenir pour ces êtres de la nuit. Mais quelle vie attendait alors ces hommes et femmes transformés ? Une vie de servitude au sang et au meurtre, une vie maudite en somme. Bien sur les vampires de craignaient pas les maux, ils avaient avec eux une force immense, une éternité. Seulement voila, aussi proche qu'il pouvait être de sa propre fin, l'éternité n'était pas quelque chose qui tentait Khaaleb Tal'ahjon.
S'il avait écarté aussi vite qu'elle était arrivée l'idée de devenir vampire, il n'en avait pas moins retenu une chose. Une morsure de l'un deux permettait de faire disparaître la pire des tumeurs...et s'il en était de même avec une autre créature magique, une créature si puissante que le contact de sa salive provoquait elle-même une mutation dans le génome de la personne touchée. Et si devenir loup pouvait le sauver...




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Dernière édition par Khaaleb Tal'ahjon le 16.08.17 20:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: The beast inside me (flashback) - feat Cécil   09.08.17 19:37

J'avais tellement hésité avant de venir le voir. Je me demandais encore comment j'allais faire pour survivre à sa perte. Il était bien plus qu'un ami pour moi il était un des derniers membres de ma famille et même si j'avais une grande meute à diriger Khaaleb était un membre à part entière de ma vie et le perdre me rendait dingue. J'avais envie d'insulter la vie et d'aller voir les médecins leurs sommant de le sauver mais je savais qu'il n'y avait rien à faire de plus... Mais le pire était de voir à quel point Khaaleb semblait résignait à son sort. C'était sûrement ça qui me faisait le plus de mal. Voir qu'il n'avait plus vraiment envie de se battre pour vivre.

« Bonjour mon frère... »

Ma gorge se serra et j'eus du mal à avaler ma salive. Pourquoi avait il attendu tant de temps pour me contacter ? Pourquoi avais-je mis tant de temps avant de me rendre compte qu'il y avait un soucis et qu'il fallait que j'aille le voir ? La peur de le perdre avait été trop forte et je me prenais une baffe en pleine gueule ce soir. Je ne me sentais pas de l'affronter et pourtant je restais droit comme un i en face de lui articulant lamentablement et difficilement un :

« Bonjour Khaaleb. »

Je ne me sentais pas du tout à mon aise et mon ami dû le remarquer parce qu'il me montra le canapé afin que je puisse m'asseoir. Je ne bougeais cependant pas avant quelques secondes ne me sentant pas la force de marcher.

« Je t'en pris installe toi. Je suis désolé, je n'ai rien à t'offrir à boire, j'ai bien peur de ne plus être en état de faire des courses... »

J'avais l'impression que si je bougeais j'allais m'effondrer mais je devais le faire pour lui. Je devais être fort et le soutenir mais qui me soutiendrait moi quand il ne serait plus là ? Qui pourrait apaiser ma peine ? Le nom de Lua s'imposa à mon esprit et pourtant je me demandais si elle arriverait à soigner mon coeur. Cependant, je faisais un effort tentant de contenir ma peine mais je savais que mes yeux me trahiraient alors je fuyais son regard me maudissant intérieurement d'être venu, finissant par lui en vouloir d'avoir voulu me voir, me montrant égoïste et à la fois tellement altruiste...

« Pas la peine de faire cette tête la va...je sais à quoi je ressemble...mais je reste quand même le plus beau de nous deux !! »

Je souriais et j'allais répondre qu'il avait raison quand il fut pris d'une quinte de tout. Machinalement je me levais et je posais mes mains dans le dos si frêle de mon ami. Je sentais ses os à travers sa peau. Je dus me pincer les lèvres pour ne pas lâcher un soupire ou une plainte. Il fallait que je trouve la force en moi de le soutenir. Il n'y avait plus que cela à faire. Quand la quinte fut passée, je le vis s'affaler dans les coussins. En retournant m'asseoir, mon visage caché du sien, je sentis une grimace de souffrance passer sur mon visage. Mais encore une fois je me reprenais. Je me tournais de nouveau vers lui et je m'asseyais sur le fauteuil.

« Alors...comment vas tu ? »

C'était une question tellement bateau et pourtant elle me faisait tellement de mal. On me demandait des dizaines et des dizaines de fois par jour comment j'allais et j'avais toujours la même réponse : "Super et toi ?" Mais là je ne savais pas quoi répondre. C'était égoïste de parler de moi alors que je ne devrais parler que de lui. Et c'était tout autant égoïste de lui faire parler de lui alors que son enveloppe physique montrait déjà à quel point il allait mal. Il n'y avait aucune bonne solution dans ce type de situation. On était tous des gros cons dans ces moments là.

« Je vais aussi bien que possible. »

Là encore la réponse n'était pas la bonne. Aussi bien que possible c'était comme me moquer de lui alors que je savais très bien que lui n'irait plus jamais aussi bien que possible. Il n'avait plus aucune perspective d'avenir et... Je m'en voulais de ne pas pouvoir trouver les bons mots. On ne se rend compte de ce que l'on perd que lorsqu'on ne l'a plus et là je me rendais compte qu'aussi bon leader que je sois, je n'étais qu'un enfant face à la mort.

« Que puis-je faire pour toi ? »

Là aussi c'était idiot. Je n'étais pas médecin je ne pouvais donc pas l'aider. Il n'y avait aucune solution et pourtant je lui posais la question comme si cela pourrait m'aider quand il partirait. Je me dirais que j'ai tout essayé pour l'aider, que j'ai fait ce que j'ai pu et je me relèverai mais il ne serait plus là. Peut être même que je me ferai un nouvel ami que je pourrais appeler frère aussi. Néanmoins, il y aurait toujours ce moment de tristesse quand on se rappellerait de lui ou quand la date de son anniversaire passerait, ou quand même je sentirais que je le trahirais avec un autre, quand je choisirais le parrain de mon premier enfant qui sera un autre que lui... Quand tout ce que je vivrais sera sans lui.

« Je t'interdis de mourir. »

C'était avoué c'était dit et je sentais mes yeux bleus devenir de plus en plus vitreux, de plus en plus clairs. Je sentais les larmes me monter aux yeux sans que je ne puisse rien n'y faire mais à ce moment là je ne cherchais même pas à les retenir. Je voulais juste qu'il me fasse une promesse ridicule, qu'il me dise qu'il se battrait et comme ça je pourrais lui en vouloir d'être mort et même si je ne me sentirais pas mieux, j'aurai au moins ça à quoi me raccrocher. Pauvres hommes que nous sommes. Pauvre être humain.
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MessageSujet: Re: The beast inside me (flashback) - feat Cécil   16.08.17 21:37


The beast inside me
ft Cécil et Khaaleb - flashback


Allongé sur son lit de mort, Khaaleb regardait Cécil s’asseoir sur le fauteuil en face de lui. La mine déconfite de son ami lui causait une peine immense car il s’en savait l’unique responsable, et pourtant il n’y pouvait rien. Il avait été le principal spectateur de la décomposition de son propre reflet, mais il y avait dans le regard du jeune marrok quelque chose de bien plus dur à supporter que sa propre image dans un miroir. Le loup en face de lui le regardait comme s’il était déjà mort, comme s’il avait affaire à un cadavre encore chaud, une enveloppe vide. Mais c’était là faire une terrible erreur, car aussi proche de la fin qu’il pouvait l’être, Khaaleb était encore loin d’avoir renoncé à ce battre. Car même si tout son être n’était bel et bien qu’une coquille inutilisable, il n’en avait pourtant pas perdu ce qui l’avait toujours animé, l’espoir.
Au fond de lui, il était désolé d’imposer ça au jeune homme qui avait sans doute bien mieux à faire que de venir au chevet d’un vieux camarade mourant, mais s’il y avait bien une heure pour être égoïste, c’était bien celle-ci. Il avait besoin de lui, il s’en rendait compte à présent, maintenant et plus que jamais, même s’il ignorait encore quelle réaction recevrait-il à sa demande. Une demande terrible, délirante en vérité, totalement digne d’un homme en pleine perte de raison. Mais s’il fallait que ce soit sa fin, le jeune sorcier voulait qu’elle se passe ainsi, dans une lutte effrénée pour la survie.

Gêné par sa question, Cécil semblait chercher ses mots. Sans doute avait-il bien fait de retarder au plus tard cette confrontation, subir ce mal être qu’il inspirait était presque plus éprouvant en soi que la maladie elle-même. Khaaleb aurait voulu qu’il en fût autrement, que son ami lui parle sans retenue, librement, simplement de cette vie nouvelle et palpitante qui s’offrait à lui. Il aurait voulu qu’il lui donne des nouvelles, quelques ragots du monde extérieur qui l’aurait détourné de son propre quotidien morbide, mais il ne s’était pas rendu compte de la difficulté de cette attente. Il en attendait surement trop. Il était vrai que le pauvre loup était cerné par la mort. Ses parents tout d’abord dans la prime jeunesse, puis plus récemment son grand père dont il était si proche, et maintenant lui. Décidément, le destin avait décidé de le faire marcher seul sur la voie qui était la sienne. Mais peut être n’en serait-il pas ainsi en fin de compte, s’il parvenait à le convaincre.
La question de son ami tomba dans un silence qui s’était instauré entre les deux hommes. Que pouvait-il faire pour lui ? Et bien tant de chose en vérité, tant de chose que sur le coup le jeune malade ne su trop quoi répondre. Un nœud lui serra les entrailles. Une angoisse soudaine, une peur d’avouer le plan dément qu’il avait échafaudé. Une peur du refus aussi bien entendu, une crainte terrible que son ancien camarade lui retire ce dernier espoir de fou auquel il s’accrochait. Mais il ne le ferait pas, il était persuadé que quoi qu’il se passe, il saurait le persuader, de faire de lui un des siens. Même si ça voulait dire potentiellement accélérer sa propre fin.
Alors qu’enfin il était sur le point de lui répondre, Cécil parla à nouveau. La phrase qu’il prononça frappa le jeune Mohawks par la tristesse et la détresse immense qui s’en dégageait. Relevant ta tête, il vit le regard bleu perçant de son ami se troubler et des larmes brouiller son regard. Ce constat de la faiblesse d’un être qu’il avait toujours cru inébranlable le toucha bien plus qu’il ne l’avait pensé. Pour lui Cécil était un roc. Un roc jeune bien sur, même si la métaphore pouvait sembler étrange, mais un roc malgré tout. Une personne d’une force immense capable de tenir une communauté entière, un rempart où la vague se brise, mais en définitive, il était comme il l’avait toujours connu. La vie et la charge n’en avait pas encore fait un politicien sans cœur et sans âme. Et même si je voir dans cet état le chagrinait, il était malgré tout heureux de le découvrir encore si humain.

Laissant un sourire triste tirer le coin de ses lèvres, il souffla longuement en regardant son ami. Lui interdire de mourir. C’était tout ce qu’il demandait.


« Ce n’est malheureusement quelque chose que je ne peux plus te promettre… cela fait longtemps que je n’ai plus de prise sur ce qu’il m’arrive… mais peut être que toi tu peux… »

Détournant le regard, il sortit l’une de ses mains de sous le plaid et pointa un doigt maigre vers un des livres qui se trouvaient posés sur la table basse qui était entre eux. C’était un très vieil ouvrage, relié de cuir rouge, des marques étranges couvrant la couverture et il sentait la poussière et le renfermé. C’était un traité sur la lycanthropie que lui avait un jour offert le vieux De Cormontaigne dans le cadre de l’écriture de son mémoire de fin d’études. C’était à l’intérieur qu’il avait trouvé les premiers indices, indices qui l’avait mené à imaginer l’idée folle qu’il était sur le point de soumettre à Cécil.

« Il y a en effet quelque chose que tu peux faire pour moi… »

Rassemblant ses forces, Khaaleb essaya de se redresser du mieux qu’il pu. Il voulait montrer à son ami qu’il avait encore la force et la volonté de mettre son plan à exécution, et qu’il ne s’agissait en rien d’un caprice d’enfant.

« Tu imagines bien que je ne t’ai pas demandé de venir pour le délicieux plaisir de te tourmenter. Il y a quelque chose… quelque chose que j’aimerai te demander. »

Il se tu à nouveau et le silence se fit encore une fois dans le vieux chalet. Il fallait le dire, il fallait oser. Mais le doute serrait son cœur si fort qu’il ne parvenait pas à se lancer. Pas qu’il eut des doutes sur ce qu’il voulait faire, son choix était fait et quoi que Cécil puisse lui dire, il avait déjà suffisamment pesé le pour et le contre d’une telle démarche. C’était la potentielle réaction de son ami qu’il redoutait. Refuserait-il en bloc ? Ou bien accepterait-il sans poser de questions ? Khaaleb était le mieux placé pour savoir ce que signifiait être membre de cette communauté. Il avait grandit avec Cécil et Lua, il avait rencontré nombre des leurs, il avait étudié leur société, leurs modes de vie. Il était prêt, prêt à tout pour vivre.
Serrant le point, fronçant les sourcils, il plongea son regard sombre dans celui si clair de l’homme qui lui faisait face.


« Cécil… je veux que tu me transforme en loup. »

———————— ϟ ————————

Tomorrow...
and every other days...


Dernière édition par Khaaleb Tal'ahjon le 30.09.17 18:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: The beast inside me (flashback) - feat Cécil   22.09.17 9:38

La vision de mon ami ainsi affaiblit était bien pire que la torture elle même. Ça allait au-delà de cela. C'était bien pire que sentir les vampires frôler mon cou. C'était bien pire que mes disputes avec Lua. C'était bien pire que la mort de mon propre grand-père. Pas parce que je ne l'aimais mais parce que je ne pouvais strictement rien faire pour lui et malgré le fait que je lui interdise de mourir, il ne pouvait lui non plus rien n'y faire. Mon esprit cartésien basique aurait dû me le faire comprendre mais à ce moment là je ne pouvais pas. Je refusais la possibilité de le perdre lui aussi.

« Ce n’est malheureusement quelque chose que je ne peux plus te promettre… cela fait longtemps que je n’ai plus de prise sur ce qu’il m’arrive… mais peut être que toi tu peux… »

Je fronçais les sourcils. Moi ? Pouvoir quelque chose pour lui ? S'il lui fallait un rein ou je ne sais pas quoi d'autre j'étais prêt à tout pour l'aider pour le sauver. Je ferais tout.

« Il y a en effet quelque chose que tu peux faire pour moi… »
« Dis moi tout mon frère. Je ferai tout pour t'aider. »

Une promesse que je prononçais sans en imaginer encore la gravité. Je pouvais me montrer parfois impulsif. Mon grand-père disait que c'était mon jeune âge ou que je ressemblais beaucoup à mon sorcier de père sur ce point. Je l'écoutais avec avidité tentant de deviner avant qu'il ne parle ce qu'il voulait me demander.

« Tu imagines bien que je ne t’ai pas demandé de venir pour le délicieux plaisir de te tourmenter. Il y a quelque chose… quelque chose que j’aimerai te demander. »

Non. Pas ça.

« Cécil… je veux que tu me transforme en loup. »

Merde.

Ce fut la première chose que je pensais tandis que je sentais mon corps se tendre. Mon visage se ferma instantanément. Etais-ce pour cela qu'il m'avait fait venir ? Bien évidemment il n'y avait pas d'autre raison. Le transformer en loup.... Le transformer en loup... Ce n'était pas du tout une idée qui m'était venue en tête. Je n'aurais jamais pensé qu'il puisse lui même y penser. Comment pouvait-il ? Comment... Je... Il nous connaissait il savait...

Ce fut le silence qui me frappa tout à coup. Passé les premières secondes de panique, je me fermais sur moi même. Je n'avais pas pas prononcé un seul mot. Mon regard s'était détourné de lui pour se poser sur cette guitare que Khaaleb affectionné particulièrement. Il fallait que je fasse le vide. Je me devais de ne pas parler avant d'avoir toutes les cartes en main. Immobile, telle une statue dans ce maudit fauteuil, je restais là. On aurait presque pu croire que je venais de faire une attaque si on ne voyait pas bouger régulièrement ma cage thoracique. Ma mâchoire se crispa alors que je commençais à mesure que je me calmais à mesurer toute l'importance de ce qu'il me demandait.

Il y avait des tonnes de lois dans ma meute, plus ou moins acceptables, mais nous en avions. Mon ami les avait toutes étudiées pour son mémoire et il savait très bien qu'en demandant cela il me demandait d'en oublier quelques unes. Cependant quand un homme est désespéré peut-il vraiment penser à tout cela ? Devrais-je lui accorder cela ? Devrais-je prendre le risque de le tuer plus rapidement ? Ou devrais-je le laisser mourir tout simplement comme cela ?

Tu connais Khaaleb, il y a réfléchi. Il ne demanderait pas cela sur un coup de tête....

Cette réflexion ne m'apaisa pas. Il y avait une légende dans notre famille. Une légende qui remontait à l'époque de mon arrière arrière arrière arrière grand-père ou alors arrière arrière arrière arrière arrière grand-père je ne savais plus exactement. Cette légende parlait de Louis, un grand alpha de la meute, une homme juste et bon qui un jour a voulu sauver la vie d'un non mage en le transformant en loup. Ce non mage était un ami très cher à Louis, une personne importante de la société qui avait un grand destin. Cet homme aurait pu faire de grandes choses dans la temps qui lui était encore accordé mais mon ailleul avait accepté la demande folle de ce non mage. Le non mage est mort plus rapidement et dans d'atroce souffrance. Alors Louis a interdit qu'on recommence cela. Louis ne supportant plus son regard dans le miroir après la mort de son ami s'était défiguré afin d'amoindrir sa culpabilité. C'est à ce moment là que Louis le presque mort était né, un des plus grands alphas de notre meute.


« Cécil, je t'en prie écoute moi... »

Mes yeux se fermèrent une seconde et un long soupire s'échappa de mes lèvres. Cette légende était connue de tous. C'était même une histoire pour faire peur aux jeunes louveteaux. Il la connaissait. Il la connaissait j'en étais certain. Il n'avait pas pu passer autant de temps avec mon grand-père sans que ce dernier ne lui explique cette légende. C'était un cauchemar dont je ne pouvais me sortir. Et je restais toujours dans mon mutisme ne donnant aucun signe en faveur ou en défaveur pour Khaaleb. Et je l'entendais au loin tenter de me convaincre. Il me parlait. Il me demandait d'essayer. Il me demandait de le faire pour lui qu'il savait les conséquences qu'il savait tout et que je ne devrais pas m'en vouloir si...

La transofrmation était la pire chose au monde. Je ne savais pas s'il y avait de douleurs plus fortes. Même les femmes ayant eu des enfants dans la meute me disent toujours qu'elles préfèrent accoucher de dix gosses que de subir une transformation. La première en plus est la plus difficile, la plus douloureuse. Mais si je le transformais, il faudrait moi aussi que je me transforme. Cela faisait des années que je n'avais pas subit de transformation. Il faudrait aussi que je me remette de ça et que mon ami supporte la transformation. Une chose était sûre. J'étais prêt à subir cela.

Oui tu le ferais pour lui c'est une fausse excuse la douleur.

Il fallait que je trouve une solution acceptable par le meute. Parce que si je le faisais il ferait parti de ma meute et j'aurai le devoir de le protéger lui aussi. Une personne de plus. Une personne que j'aimais en prime. Une cible de plus pour mes détracteurs mais surtout une aide supplémentaire si... Non. Je ne pouvais pas, je ne devais pas penser comme cela. Il fallait tout d'abord trouver une solution pour que ça soit accepté par la meute. Peut être en demandant un vote ? Ils connaissaient tous Khaaleb. Ils l'aideraient. Il fallait que ça soit une solution prise en commun.

Arrête de perdre du temps. Il n'en a plus beaucoup.

C'est à ce moment là que je perdais pied. J'aurai aimé que mon grand-père soit là pour me dire quoi faire. J'aurai aimé que Lua soit là pour me prendre la main et me dire que tout irait bien. J'aurai aimé que Khaaleb se taise enfin pour me laisser réellement réfléchir à cette possibilité. Mon frère ne pouvait pas...

Ton frère. C'est juste Cécil. Il est ton frère. Arrête de réfléchir tu sais déjà ta décision. Tu ne fais que repousser l'échéance pour lui dire. Tu sais ce que tu vas faire...

« D'accord. »

Ma voix n'avait été qu'un murmure mais il avait très bien entendu. C'était entendu. Je retournais enfin mes yeux vers mon frère. Je plantais mes prunelles dans les siennes et c'est peut être la première fois qu'il pouvait lire à quel point je pouvais être déterminé. C'est alors que je me rendis compte que la nuit était tombée. Combien de temps j'étais resté muet à réfléchir ? Deux heures ? Trois heures ? Je ne savais pas le dire.

« Je vais demander un conseil exceptionnel de la meute. Il aura lieu après demain. Je leur dirai que je souhaite tenter la transformation pour te sauver. Ils te connaissent tous. Ils accepteront que tu rentres dans notre meute. Je ferais en sorte qu'ils acceptent. »

Ma voix était claire, simple, étrangement apaisée.

« Je vais le faire Khaleeb avec leur accord. Mais si tu meurs à ta transformation, je trouverai un moyen de te ramener pour te tuer moi même. Je t'interdis de me faire faux bond. »
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MessageSujet: Re: The beast inside me (flashback) - feat Cécil   30.09.17 21:47


The beast inside me
ft Cécil et Khaaleb - flashback



Musique:
 

Les mâchoires serrées, les poings fermés, Khaaleb regardait Cécil se renfermer sur lui-même, plongeant la pièce dans un silence de plomb. L’ambiance qui n‘était jusqu’alors pas franchement à la rigolade devint carrément lugubre, glaciale, sans que le froid de janvier y fut pour quoi que ce soit. Le regard du jeune Marrok se fit fuyant, se perdant dans la contemplation du vide. Le mutisme dans lequel il se plongeait ne le surprenait pas, bien au contraire. Il aurait été plus que surprenant qu’il en fut autrement. Il n’était pas en train de lui demander une simple faveur, il lui demandait de briser des codes et des lois qu’il avait juré de suivre et même de défendre en accédant à la position qui était à présent la sienne au sein de la Grande Meute.
Lui-même avait longuement étudié ces lois et ces traditions dans le cadre de l’écrire de son mémoire de fin d’étude. Des heures et des heures il avait passé à lire des livres anciens, des parchemins poussiéreux, conversant sans cesse avec le vieux De Cormontaigne sur toutes les subtilités de ces règles et de ce mode de vie qu’il avait parfois du mal à comprendre, n’étant pas lui-même né loup et ayant grandit à l’écart de tout cela.
De plus, au delà de la question juridique, il était tout à fait au fait des difficultés que représentait la vie des lycanthropes dans la société actuelle. Il connaissait fort bien les difficultés d’insertion sociale qu’ils rencontraient, étant rejeté par toutes les branches de la société. Sorciers et non-mages s’entendaient au moins sur ce point : ils ne souhaitaient pour la plupart pas vivre en compagnie de ces créatures sauvages et assoiffées de sang comme ils avaient l’habitude de dire. Forcés de vivre en recul, les loups développaient bien souvent une colère et une haine à l’encontre de ces autres, ces « normaux », ces hommes et femmes pas si différents d’eux pourtant.
Alors pourquoi demander à Cécil de faire de lui l’un des leurs ? Pourquoi ? Au regard de tout cela…

Les raisons lui apparaissaient en nombre, comme celles que son ami aurait de refuser. Tout d’abord parce que dans le fond, il n’en avait que faire de se sentir exclut, il n’en avait que faire de voir dans les yeux des autres un regard de mépris, de peur, un regard qu’on jette à ce qui dérange et qu’on voudrait voir disparaitre…parce que c’est déjà ce qu’il avait eu à vivre toute sa vie. Même s’il n’était aujourd’hui plus que l’ombre de lui-même, il avait toujours porté sur lui et sur son visage son ascendance native, et ça on lui avait bien souvent rappelé. Pouvait-on vraiment faire pire ?
Mais plus que tout, la véritable et première raison qui faisait que Khaaleb avait osé poser cette question terrible à son ami, c’était parce qu’il voulait avoir une fois, une toute dernière fois le contrôle sur cette vie qui lui échappait. Devenir un loup, tenter de survivre, ce n’était finalement qu’un détail. Tout ce qu’il voulait c’était choisir une dernière fois, ne pas accepter la fin. Lutter.
C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il avait dit « je veux » plutôt que « je voudrais ». Même si c’était à Cécil d’accepter, lui avait déjà fait son choix, pesant chaque élément dans la balance des heures durant, prenant tous ses actes en considération. Il voulait être loup, ou du moins mourir en essayant de le devenir, bien conscient que ça pouvait le conduire à une fin plus rapide encore. Mais ça il s’en foutait éperdument, plus rien ne lui faisait peur en cet instant, excepté le refus possible du loup qui lui faisait face et en qui il plaçait son avenir, ou son trépas. Même la souffrance qu’il risquait de connaitre lui paraissait moins que rien, croyant alors avoir connu ce qu’on faisait le pire dans le genre.

Silencieux pendant de longues minutes, respectant le temps de réflexion que prenait son ami, Khaaleb finit au bout d’un temps certain à s’inquiéter. L’aphasie dans lequel il s’était plongé le rendait nerveux, et faisait monter en lui une angoisse sourde qui lui tordait les entrailles. Pourquoi ne disait-il rien bon sang ? Les arcades sourcilières froncées, il regardait son ami, son frère comme il avait pris l’habitude de l’appeler, rester impassible comme s’il faisait face à quelque statue de marbre. Il était pâle, son visage était dur, fermé, et pourtant, il savait au fond de lui que dans son esprit, le jeune Marrok était en train de penser à toute vitesse, tournant la situation dans tous les sens. Sans savoir de quel côté pencherait la balance, il sentait le combat mental qu’il était en train de mener. Mais lui-même ne tenait plus.

Brisant alors le silence, Khaaleb éleva la voix, d’abord comme un murmure, puis avec de plus en plus de conviction et de détermination, lui exposant tous ses arguments, lui répétant encore et encore qu’il connaissait les conséquences d’un tel acte, qu’il savait parfaitement à quoi il s’exposait, ce qu’il risquait, que jamais, s’il mourait, il ne lui en voudrait d’avoir essayé, qu’il était le seul responsable de ce choix.
Inlassablement, il parla, essayant de trouver la phrase qui allait peut être faire changer d’avis le loup, le convaincre. Mais au bout d’un temps, il se retrouva à cours, et n’ayant toujours pas obtenu de réponse, il sombra à nouveau dans le silence, ne quittant pas pour autant Cécil des yeux, guettant le moindre de ses gestes, le moindre tressaillement de ses paupières qu’il avait désormais fermé.

Les deux hommes restèrent ainsi longuement. Au dehors, et bien qu’il fut encore tôt, le jour commença à décliner. Les couleurs se firent de moins en moins vives, la perte de la lumière ternissant tout. Les ombres s’étirèrent, puis envahirent toute la pièce. Le froid se fit plus mordant encore, car le vent qui soufflait passait par les fenêtres brisées.
Combien de temps avaient-ils passé ainsi ? Il n’aurait su le dire, plusieurs heures ? Un siècle ?
C’était foutu, Cécil n’accepterait pas. Bien sur qu’il allait dire non et il avait été bien fou d’y croire. Résigné, le jeune homme baissa la tête et ferma les yeux, sentant ses forces diminuer.

Mais soudain, il entendit le fauteuil sur lequel le loup était assis craquer. Redressant le visage, il regarda dans la direction de son ami, le cœur bondissant à nouveau dans sa poitrine. L’obscurité avait pris place tout autour d’eux, et pourtant, il lui semblait pouvoir voir sans mal le regard perçant qu’il portait sur lui. Le mot qu’il prononça alors, Khaaleb ne devait jamais l’oublier.
En un mot, son destin venait d’être scellé, prenant un nouveau tournant. Il allait pouvoir tenter le tout pour le tout, jouer cette ultime carte qui lui donnait tant l’impression d’être vivant. Inspirant profondément, il dû serrer les dents afin de réprimer l’émotion qui s’emparait de lui.
La dernière phrase lui arracha même un sourire, mais plongeant son regard dans celui de son ami, il retrouva bien vite un air grave et sérieux. Lui faire faux bond ? Voila quelque chose qu’il ne pouvait pas dire ni prévoir. Tout ce qui l’attendait était des plus incertains, mais pourtant, une voix en lui lui disait que s’il y avait la moindre petite chance de survie, il devait tenter l’impossible.
Il aurait voulu se lever, mais il était à présent essentiel pour lui de conserver ses forces, alors il sortir sa main de sous le plaid qui le recouvrait, il la tendit vers Cécil afin que celui-ci vienne la prendre et la serrer.


« Ni aujourd’hui, ni demain, ni jamais… je t’en fais le serment. »

***


Plus d’un mois avait passé depuis que Cécil avait pris la décision d’aider son ami dans son projet absurde de devenir un loup-garou, et l’intérieur du chalet avait bien changé. Là où un mois plus tôt tout était calme, vide, grouillait presque maintenant de vie en comparaison. Après avoir rassemblé un conseil exceptionnel afin de décider du sort de son ami, le Marrok était revenu plus décidé que jamais à l’aider. Il n’était d’ailleurs pas venu seul, amenant avec lui quelqu’un de ses amis les plus proches, de jeunes loups que Khaaleb connaissaient bien et qui était tout dévoué à leur jeune leader.
Le canapé avait été poussé pour être remplacé par un lit médicalisé sur lequel on avait installé le malade, malgré ses nombreux refus. Il était venu là pour échapper à tout ça, mais l’étudiante en médecine magique qu’était alors Lua lui avait fait entendre raison. Il avait donc fini par accepter les quelques soins qu’elle lui prodiguait, l’aidant ainsi à reprendre des forces en vue de ce qui l’attendait. S’il s’était alors permis d’être grognon, il n’en était pas moins extrêmement reconnaissant à ses nouveaux camarades d’infortune de passer ainsi tout ce temps en sa triste compagnie.
Mais plus les jours avançaient, plus l’enthousiasme de la bande diminuait. Même Will, qui d’ordinaire faisait tout pour le faire rire et l’aider à supporter le mal qui le rongeait avait aujourd’hui les traits tirés, le visage sombre et fermé de quelqu’un d’inquiet. Allongé sur le flan, il pouvait voir leurs regards fuyants, entendre les murmures des conversations qu’ils échangeaient dans la cuisine, alors qu’ils le pensaient endormi. Il était de plus en plus faible, de moins en moins lucide aussi. Les phases de délire que lui causait la fièvre allaient toujours en s’empirant, le faisant se tordre dans tous les sens de douleur, hurlant qu’on le délivre de cette prison de chaire qui était la sienne, pleurant, gémissant comme un enfant effrayé. La souffrance qu’il éprouvait dans tout son corps allait croissante, comme pour lui montrer toute sa stupidité, lui qui pensait avoir déjà souffert au-delà du pensable. Le moindre geste était un supplice, le moindre effort une épreuve qu’il n’avait presque plus la force de surmonter. Tout son corps lui faisait mal, comme si tout en lui bougeait, remuait. Il avait l’impression que quelque chose, une bête rampante le dévorait vraiment de l’intérieur, coupant, déchirant, mâchant et mastiquant sans vergogne tous en même temps ses organes qui étaient déjà en bien piètre état. Plus que tout, l’élancement qu’il sentait dans son bras gauche lui donnait des envies de le couper, de le jeter loin de lui. Un sentiment de brûlure continue en émanait, comme s’il l’avait mis au dessus d’un feu pour l’y faire cuire. C’était à cet endroit que Cécil l’avait mordu lors de la pleine lune précédente, enfonçant profondément ses crocs dans sa chaire, faisant passer dans son sang le virus de la lycanthropie. Mais même s’il avait été mordu, Khaaleb n’était pas encore sortit d’affaire, loin de là, et il n’était pas encore un loup. Il fallait attendre la pleine lune suivante afin de voir le nouveau né se transformer pour la première fois. Et même si le fait qu’il ait survécu jusque là tenait déjà de l’exploit, l’état d’épuisement dans lequel il était de plus en plus en train de sombrer ne laissait rien présager de bon. Il pouvait le voir dans les regards qu’ils posaient sur lui, ils n’y croyaient plus. Mais malgré ça, aucun d’eux n’étaient partit, continuant à le soutenir, à l’aider, même s’ils étaient bien démunis face à la situation.
Sentant dans sa main quelque chose de doux et de chaud, il ouvrit les paupières. Il ne pouvait pas se voir, mais l’image qu’il donnait n’était même plus celle d’un humain. Son crâne chauve était zébré de veines, ses yeux rouges, gonflés. Son corps squelettique tordu par la douleur montrait des marques de griffure et des bleus qu’il s’infligeait à lui-même pendant ses crises lorsqu’il essayait de faire sortir cette chose qu’il sentait en lui et qui le dévorait petit à petit.
Devant lui, à quelques centimètres de son visage se trouvait Caroll qui lui tenait la main. Le voyant émerger, elle lui sourit, mais son regard était triste, emplit de toute la fatigue de ses dernières semaines. Tendant sa main libre, elle déposa une serviette humide sur son front brulant.


« Salut champion… » Murmura-t-elle.
Il ouvrit la bouche, dans l’intention de lui répondre, mais ce fut un grognement sourd qui en sortit. Il avait beau essayer, parler lui était devenu trop difficile. Au bord du désespoir, il ferma les yeux, sentant des larmes incontrôlées couler le long de son visage. La pression des doigts de la jeune femme sur sa main se fit plus forte.

« Aller tiens le coup… tu es presque à la fin… tu vas y arriv… »

Sa voix se perdit dans un sanglot, mais elle resta là. Ce soir était le dernier soir. Le dernier soir de sa vie ou le premier d’une nouvelle. Ce soir, la lune brillerait pleine dans le ciel, et ils seraient tous fixés.
Il fallait encore tenir, tenir juste un peu. Mais la perspective de la transformation le terrifiait. Lui qui se pensait plus fort que tout, aurait presque préféré mourir plus tôt en fin de compte. S’il s’était promis de ne jamais regretter son choix, il se trouvait aujourd’hui bien naïf d’y avoir cru. Son corps avait déjà trop souffert pour tenir. Il le voyait à présent. Et pourtant… pourtant, il refusait de se laisser mourir. Il n’avait pas fait tout ça pour rien bon sang !!
Rouvrant les paupières, totalement hagard, il regarda les deux mains blanches de la jeune femme qui pressait la sienne, pâle comme la mort. Puis, sans parvenir à faire sortir aucun son de sa bouche, il parvint toutefois à bouger ses lèvres, articulant tant bien que mal un « merci » muet.

Mais presque aussitôt, il sentit quelque chose bouger en lui, quelque chose se briser, le briser, comme si on lui enfonçait un pieu en bois dans le ventre, dans le cœur, dans la tête. Se cambrant de douleur, il sentit tous ses membres se crisper. Il perdit vite conscience de ce qui était en train de lui arriver, tout entier dévolu à combattre la douleur infâme qui parcourait tout son être avec plus de violence que jamais. Tout son corps était parcouru de spasmes incontrôlables d’une puissance énorme. Le peu qui lui restait de muscles étaient figés dans une crampe, son visage était déformé, paralysé dans une grimace terrible.
Immédiatement, Lua s’était précipité vers lui, essayant de comprendre ce qui lui arrivait. Une telle réaction n’avait encore jamais été observée, et elle était totalement démunie. Son regard paniqué parcourait le corps mutilé de son ami, alors que Caroll lui hurlait de faire quelque chose. Mais dans le fond il n’y avait rien à faire, la dernière phase avait commencée.
A ce moment là, Chris ouvrit la porte du chalet et se précipita vers eux.


« La lune est en train de se lever…VITE ON LE SORT !! ALLER TOUS AVEC MOI !! »

Sans perdre de temps en discussions inutiles, les loups le soulevèrent d’un seul mouvement et le menèrent vers l’extérieur de la maison. Ses gestes étaient de plus en plus incontrôlables, et les convulsions n’allaient qu’en augmentant. Il se tordait dans tous les sens, hurlant, grognant, mordant et s’il n’était pas aussi faible, il y avait fort à parier qu’ils auraient été bien en peine de le transporter ainsi.
Ils l’allongèrent sur une couverture qu’ils avaient posée au sol, et se redressèrent. Bientôt, le long mois d’attente et de doute allait enfin prendre fin. Et ils n’avaient plus rien à faire qu’attendre de voir si leur ami passait ou non la dernière étape.
Le pauvre homme était au plus mal. Il était incapable de réagir, incapable de penser. Tout son être était tourné vers la douleur incommensurable qui le déchirait. L’air lui manquait. Il sentait ses os craquer, s’allonger, se déformer, tout son corps changeait, transmutait. Il se sentait brisé, broyé, piétiné, écorché, éviscéré. Tout son esprit disparaissait au profit d’un règne terrible de souffrance.
Mais soudain...quelque chose changea. Cette peine s'arrêta, presque entièrement, presque subitement. Les spasmes s’arrêtèrent, les campes quittèrent ses muscles. Bien qu'il pouvait encore sentir la difficulté qu'avait son cœur à battre, bien qu'il sentait encore la faiblesse dans tout son corps, il pouvait respirer presque normalement. Il était alors incapable de le comprendre, mais ceux qui l'entouraient le voyait et ne parvenaient pas à y croire.

Il l'avait fait...il était devenu...

Un loup.


———————— ϟ ————————

Tomorrow...
and every other days...
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ϟ Métier : Chef de la grande meute américaine ϟ Âge : Trente ans ϟ Race et sang : Sorcier sang mêlé & Loup-garou ϟ Particularité : Loup-garou ϟ Statut civil : En couple avec une non mage (sybil)



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MessageSujet: Re: The beast inside me (flashback) - feat Cécil   22.10.17 10:53

Le pire moment de ma vie. Je n'avais jamais rien vécu de tel. Convaincre la meute d'accepter Khaaleb avait été la partie la plus facile. Pour le reste il avait fallu que je m'occupe de faire une demande auprès de l'administration. Il fallait faire les choses bien parce que je serai celui qui le transformerais. Je ne laisserai personne d'autre prendre cette responsabilité. La prochaine pleine lune était trois semaines après notre conversation et je savais que la procédure était vraiment dure et longue mais je faisais mon possible pour l'accélérer le plus possible. J'usais de mon statut mais cela ne suffisait pas. Je mettais les rapports médicaux sous le nez des administratifs. Si je commençais pas perdre patience, je fus rejoins par Lua dans cette bataille et ma petite amie était plus féroce que moi. Je ne sais pas comment on avait réussi à avoir l'autorisation en trois semaines mais ce fut le cas et je pouvais transformer Khaaleb, tenter de le sauver, tenter de sauver mon meilleur ami. Mais tout était dur et j'étais de mauvaise humeur la semaine qui précédait la morsure de Khaaleb. Cette nuit fut la plus dure de ma vie. Je ne pouvais plus me contrôler moi qui était pourtant si calme tout le temps. J'avais été incontrôlable et Lua m'avait dit qu'il avait fallu trois loups pour me calmer après avoir mordu mon ami. C'était la pression de tout qui m'avait rendu ainsi mais j'avais tout de même honte de ne pas avoir réussi à être mieux que cela.

***

Le mois qui suivit la morsure fut éprouvant. Je ne passais que peu de temps avec Khaaleb poursuivant mes réunions, me noyant sous le travail afin de ne pas penser qu'il pouvait mourir. J'avais eu des terreurs nocturnes et même Lua qui arrivait habituellement à me calmer ne pouvait rien faire. Je périssais en parallèle de mon ami qui semblait de plus en plus faible malgré les soins de ma petite amie. Souvent la nuit, n'arrivant pas à trouver le sommeil, j'allais le voir, je l'observais et je me sentais coupable. Je sentais mes yeux clairs se remplir de larmes et je partais toujours avant qu'il ne se rende compte que j'étais là. La semaine précédant la pleine lune était la plus dure, nous le savions tous et c'est durant cette semaine là que je ne travaillais pas. J'avais annulé tous mes rendez-vous pour passer du temps avec lui. Je me tenais quand même loin de lui. J'étais dans la même maison mais je passais le moins de temps possible à côté de lui. Je tremblais dès que je posais mes yeux sur lui. Je sortais souvent de la maison pour aller fumer. Assis sur une chaise, ma troisième clope à la main, je sentais les bras de Lua passer autour de ma taille. Je levais mon nez vers elle et je lui ouvrais les bras pour qu'elle s'assoit sur mes genoux. Elle embrassa mon cou et me fit un câlin tandis que je fumais toujours ma cigarette.

« ça va aller tu sais. Il va y arriver. »
« On ne peut pas en être certain Lua. »
« Même s'il ne le supporte pas, tu auras tout fait pour le sauver. »
« Hum. »

Elle savait que je ne pouvais rien dire de plus. La pleine lune allait pointer le bout de son nez. Nous nous regardions avec Lua et nous nous embrassions. Nous vivions la pleine lune depuis des années mais celle ci serait cruciale pour nous tous.

***

Le jour se levait. Le lac n'avait jamais été aussi beau à mes yeux. J'observais les reflets du soleil sur l'eau. Il faisait froid dehors mais je ne sentais que la paix intérieure. Je me sentais en paix. Je riais bêtement devant l'eau avant de me mettre à pleurer pendant quelques minutes. Ce n'était pas des pleures de peine mais plutôt des pleures de joie. Lua me rejoignit et je lui souriais. Elle essuya mes yeux et m'embrassa. Il allait vivre. Il avait survécu à la transformation et il allait aller de mieux en mieux. Je le sentais au plus profond de mes entrailles. Il était le premier que je transformais et je pensais qu'il serait le dernier. Lua savait que ça avait été dur pour moi. Khaaleb devait être fatigué et il y avait encore beaucoup trop de monde dans son chalet pour le moment.

J'allumais une cigarette et je fumais tranquillement devant la porte du chalet. Je voyais Will sortir et me sourire. Je lui adressais un petit signe de tête. Un à un tout le monde quittait le chalet parce que c'était la meilleure chose à faire et ils le savaient tous. J'avais besoin de parler avec Khaaleb seul à seul. Lua fut l'avant dernière à partir. Elle me sourit et m'embrassa en me faisant promettre de redevenir moi même. Oui je redeviendrai moi maintenant que je savais que ça n'irait que mieux. Elle m'embrassa à nouveau avant de transplaner. Je la retrouverai chez moi. Puis se fut au tour de Caroll de sortir. Je la regardais et je me levais. Je la prenais dans mes bras. Elle savait que ça avait été dur pour moi. Elle savait que j'avais toujours eu du mal à exprimer mes sentiments et encore plus quand ça concernait une personne que j'aimais.

« Quand tu rentreras tu auras un repas de prêt. Je doute que Lua soit devenue bonne cuisinière en un mois. »

Je riais.

« Merci. »

Elle me sourit et m'embrassa sur la joue avant de me laisser seul face à cette porte. Je mis plus de dix minutes avant d'arriver à la franchir, avant d'arriver à me dire que je pouvais affronter son regard.

« Bonjour mon frère. »

Je lui tendais la main et quand il la saisit je le prenais dans mes bras. Je le serrais fort contre moi. Ça avait été une grande épreuve pour moi mais encore plus grande pour lui je le savais bien.
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